Blattchen
Godefroid
Keutiens
Fievez

Edmond Blattchen


En 37 ans, et avant « noms de dieux », j’ai fréquenté tous les secteurs de la RTBF, de « Liège-Matin à « L’Ecran Témoin », en passant par l’information quotidienne, tant en radio qu’en télévision.
 
En 1978, la direction radio m’a confié la tranche 10h – midi sur « le premier programme », comme on appelait alors « la première » d’aujourd’hui.

 
Le titre de l’émission que j’ai  ainsi animé pendant près de deux saisons était « Ces chansons qui vous ressemblent ». Le principe en était simple : chaque matin, du lundi au vendredi, je proposais aux auditeurs de me téléphoner pour échanger avec moi sur antenne à propos de la chanson du jour. Parfois, l’interprète se mêlait à ces échanges spontanés, souvent émus. Un jour, nous avons pratiquement tous pleuré en direct « dans le poste ». Pourtant, la chanson qui nous réunissait n’avait rien de triste : a-t-on idée de chialer en écoutant « Les jolies colonies de vacances », de Pierre Perret ?
 
C’est oublier que, derrière l’artiste plein d’humour, derrière la mélodie entraînante, derrière la rengaine, il y a un texte. Réécoutez-le, à nu, sans la musique, sans la voix …Et vous comprendrez que les paroles sont tout simplement bouleversantes, qu’elles évoquent le sentiment d’abandon de tous ces bambins que l’on parque l’été à la mer ou à la montagne pour s’en débarrasser …
 
Les paroles d’une chanson sont un élément capital de cette forme authentique de culture. Le parolier a donc un rôle capital dans la confection d’un tube, d’une ritournelle ou d’un chef d’œuvre absolu. Parfois l’interprète et l’auteur sont la même personne. Mais tout le monde n’est pas Brel, Ferré ou Trenet. Piaf, Reggiani, Dalida et tant d’autres seraient restés muets sans leurs amis paroliers. « Il venait d’avoir dix-huit ans », on l’a récemment rappelé, est l’une des plus belles chansons de …Pascal Sevran !
 
Revenons-en à nos moutons …
 
Un matin, en 1978, dans mon courrier, je trouve une grosse enveloppe grise. J’ouvre :
 
« Monsieur,
J’écris des textes. En voici quelques uns. Pouvez-vous les lire et me dire franchement si, à votre avis, ils pourraient devenir des chansons ? »
 
Après avoir dépouillé mon courrier du jour, je me plonge dans la découverte des poèmes de l’inconnue. Miracle : rien que des bijoux ! Des textes à couper le souffle, pétris de ressenti, d’émotion, de vérité à fleur de peau, bien balancés, prêts à être interprétés, une fois mis en musique, par les plus grands interprètes de l’époque ! Je me souviens avoir eu la chair de poule en lisant « Le portier ». L’histoire, en quelques strophes, d’un garçon préposé à l’entrée d’un bar qui était amoureux fou de la fille qui, chaque soir, offrait son corps sublime au regard des clients, à l’intérieur de l’établissement, forcément, et qu’il n’apercevait, fatalement, qu’ à la fin du spectacle. Tout de suite, j’ai entendu la voix de Daniel Guichard …
 
J’ai saisi mon téléphone et j’ai appelé Anne-Marie Gaspard. Je suis tombé sur une voix retenue, discrète, qui laissait échapper les mots au compte-gouttes :
 
- Je vous préviens : je suis timide …
 
Je l’ai rassurée :
- Je vous appelle pour vous dire que vous avez un talent extraordinaire que vous écrivez merveilleusement, que tous ces textes peuvent trouver un jour leur interprète !
 
Je lui ai  immédiatement proposé de la rencontrer :
 
- A Liège ? L’horreur ! Je ne sors jamais de chez moi, sinon pour me rendre à mon boulot. Je n’aime pas les villes, les grands machins …
 
Devant ces résistances qui trahissaient pour moi une nature écorchée, une véritable nature d’artiste, je lui ai proposé de réfléchir, de la rappeler quelques jours plus tard.
 
Nous avons fini par nous rencontrer dans un bistrot proche de la RTBF-Liège. Elle a commandé une bière et elle m' a prévenu, le sourire aux lèvres:
 
-  Vous n’aurez pas un seul mot de moi sans m’avoir laissé descendre cette chope !
 
D' emblée, nous étions en connivence. Je lui ai répété mon admiration, mon enthousiasme. Sans réussir à la convaincre. Elle se taisait mais j’entendais :
 
- Cause toujours Monsieur la vedette ! …
 
Les jours suivants, je l’ai rappelée plusieurs fois. Un jour elle s’est risquée :
- Moi, une voix que j’aime bien, c’ est celle de Claude Barzotti ! …
 
- Oui, d’ accord, il a fait un malheur il y a quelques années avec « Madame » et sa voix éraillée, sensuelle, chaude, unique, mais depuis, il a disparu …
 
- Qu’est-ce qu’il  est devenu ?
 
- Représentant pour sa propre firme de disques (« Vogue », la boîte, notamment de Frédéric François et de Claude Michel). Je l’ai croisé récemment, je lui ai demandé si’ il comptait rechanter un jour, il m’a répondu, désabusé : « Moi, rechanter ? Jamais ! ».
 
Alors, Annette (elle m’avait définitivement converti à son diminutif, laissant son prénom pour l’état civil et les futures mondanités) s’est obstinée :
 
- Eh bien moi, je vais lui écrire des trucs rien que pour lui, tu n’as qu’à le lui dire !
 
Que faire, sinon appeler l’ex-chanteur reconverti en délégué commercial ?
 
- Non, non, t’ es sympa, mais tout ça, c’ est plus pour moi, le business, les arnaques, les manips, non, fini, ter-mi-né !
 
J’ai insisté et insisté encore. Je lui ai proposé de faire le détour, de pousser la porte de la parolière mystérieuse lors d’un prochain passage dans la région où elle vivait, où elle travaillait et où elle écrivait. Sur le moment, il ne m’a rien promis.    
 
Mais quelques semaines plus tard, Claude et Annette se sont rencontrés. Leur premier contact, si j’ai bon souvenir, a été désastreux. Le fils d’immigrés ne comprenait rien à cette fille de Hesbaye inspirée et décalée, qui pratiquait un humour auquel il n’avait  jamais été initié, il croyait sans doute qu’à chaque fois (les rares fois) qu’elle ouvrait la bouche, c’était pour se moquer de lui …
 
J’ai cru que tout allait foirer. Que ces deux-là allaient se fâcher, se disputer, et que la relation en resterait là …
 
J’ai expliqué à Annette :
 
- Les italiens de Belgique, ils ne sont ni vraiment italiens ni tout a fait belges. Le français n’est pas vraiment leur langue. Quand tu écris, il faut que tu traduises en langue mi-belge et à moitié italienne, tu comprends ? …
 
Annette comprenait. Annette comprend tout. Elle a un sens exceptionnel de l’autre. Des personnages qu’ elle imagine,  par exemple, une femme d’ ici enceinte d’ un enfant du bout du monde …Christiane Stefanski le sait bien, elle qui lui doit un de ses plus beaux textes.
 
Claude et Annette se sont revus plusieurs fois. Nouveaux orages. Nouveaux éclairs. Puis, un jour, à la radio, j’ai entendu, vers 8 heures moins dix :
 
- « Le suis rital et je le reste ! »
 
Barzotti, le retour! Barzotti, la résurrection !
 
Anne-Marie Gaspard a cosigné tous les succès de Claude Barzotti depuis 30 ans. Les plus grands paroliers ont proposé leurs services à ce nouveau faiseur de tubes. Il a toujours décliné. Il est resté fidèle.
 
Je suis simplement heureux de ce qui leur est arrivé et de ce qui s’est passé depuis dans la tête et dans le cœur de millions de gens qui ont dansé, chanté, se sont aimés sur des succès populaires devenus désormais des classiques de la vraie bonne chanson française.  Pour le grand public. C’est à dire pour vous, pour nous tous.
 
L’année dernière quelque part du côté de Narbonne, mon épouse et moi dégustions un pizza dans un restaurant italien au bord du port local. Nous écoutions des touristes allemands, danois, néerlandais s’émerveiller du paysage, des cigales, du ciel bleu. Soudain, la sono a diffusé la version italienne d’un monument de la chanson internationale : « le Rital », par le grand Barzotti, dans SA langue !
 
Dans ma « Quatre saisons », j’ai versé quelques larmes.  Personne n’ y a rien vu, pas même ma femme. J’ai revu, trente ans plus tôt, Annette devant ses deux bières.
 
Mais une pizza avec de la bière, c’est dégueulasse !
 
Edmond Blattchen
Mai 2008
 


Blattchen
Godefroid
Keutiens
Fievez

Sylvie Godefroid - écrivain


Anne-Marie

"Quand j'ai rencontré Anne-Marie Gaspard en 2007, je la connaissais déjà depuis plusieurs années. Du moins, je connaissais sa sensibilité exacerbée. Ses mots ont berçé mes premières amours, mes premiers chagrins. Ses mots ont balisé mes premières larmes de femme en devenir. Plus encore, Anne-Marie a éveillé chez la jeune adolescente que j'étais le plaisir de l'écriture. En écoutant les chansons de Claude, les textes d'Anne-Marie, je me suis sentie portée vers un univers que j'ai construit au fil des mots: un univers d'écriture, de mots, de sensations portées par le pouvoir de l'écrit.

Aujourd'hui, vivant de et pour l'écriture, je suis heureuse de l'avoir rencontrée, et de pouvoir enfin mettre un visage sur le nom d'une femme qui a fortement influencé ma vie. Merci, Anne-Marie!"

Sylvie Godefroid, écrivain














Blattchen
Godefroid
Keutiens
Fievez

Michel Keutiens - auteur, compositeur et peintre verviétois

Quand la motivation s'est imposée de composer de la musique de variétés, j'ai cherché des paroliers et je n'en ai pas trouvé qui me convenaient. Après tout, me suis-je dit, cela ne doit pas être si compliqué d'écrire des chansons et je m'y suis mis. Grands moments de solitude !

Condenser une histoire intéressante avec rimes agréables et sonnantes + refrain attractif sans frôler le ridicule, donner le maximum de liberté au compositeur - mélodiste et enfin au  chanteur(euse)...relève du funambulesque.

Ce métier délicieusement créatif s'avère très ingrat. La plupart des protagonistes cités ci-dessus + arrangeur, techniciens de studio et musiciens de scène s'intéressent peu à ce que le texte raconte.

C'est un domaine où l'on mélange les pommes et les poires.

Un jour, j'ai eu l'occasion d'écouter une  démo enregistrée par une chanteuse liégeoise et je suis tombé amoureux d'un morceau intitulé je crois : « On dit n'importe quoi ».

J'ai demandé à ma fille qui en était l'auteur et elle m'a répondu : Anne-Marie Gaspard.

Quoique dans un état brut, cette chanson était déjà magique. Le texte d'Anne-Marie (qui est un élégant détournement de proverbes dont le refrain sert de conclusion aux couplets), par sa musicalité, avait dû procurer beaucoup de plaisir au compositeur-mélodiste et à la chanteuse. Sûrement... parce qu'on ne ressent jamais le difficile mariage entre l'écriture et la musique, ce qui est l'apanage des chansons réussies. Dans ce cas-ci, l'association pommes-poires génère une savoureuse ballade. Je m'étonnerai toujours que des individus ne connaissant ni le métier de l'un ni celui de l'autre arrivent à cette alchimie, la solution idéale étant évidemment de créer tout soi-même, d'être auteur-compositeur-interprète.

J'ai rencontré Anne-Marie dans une soirée. Je l'observais, l'imaginant assise à son bureau devant sa feuille blanche. Pourquoi avait-t-elle écrit des centaines de chansons ?

Je ne le sais pas. Je ne la connais pas. Mais je sais après en avoir lus et entendus un certain nombre qu'elle y prend du plaisir, que cela est devenu une nécessité, et que ces créations talentueuses à l'ombre des chanteurs et des musiciens ne peuvent pas se faire sans les aimer profondément.




Michel Keutiens - auteur, compositeur et peintre verviétois                             

 site : http://www.michelkeutiens.be/


Blattchen
Godefroid
Keutiens
Fievez

Dominique Fievez, compositeur et arrangeur de (grand) talent

Annette,

Un petit mot, sous forme de « note » pour te dire, combien tu es une de mes rencontres très importantes de ce métier … je crois ne te l’avoir jamais dit, c’est fait et au grand jour !!!!   ;-)

J’ai toujours été impressionné par la qualité de tes textes, le rythme et la justesses de tes mots.

Il est évident, que l’on reconnait ta « patte »  dés les premières lignes, gage de personnalité et de talent.

Oui, il y a le style Anne-Marie Gaspard, tu as inspiré pas mal d’auteurs et en inspira encore beaucoup d’autres.

Il y a encore des tas de choses à dire sur toi (les fous rires, …) …. mais, le principal, est que, c’est toujours un grand plaisir de collaborer avec toi … un point c’est tout.


Dominique Fievez, compositeur et arrangeur de (grand) talent

Son site : http://www.domistudio.net